L’église Saint Martin

eglise chazal
Aquarelle de Robert Chazal

L’église paroissiale de Bouxières-aux-Dames (Meurthe et Moselle) est placée sous le vocable de Saint Martin, comme beaucoup d’autres en Lorraine où la dévotion à Saint Martin s’est manifestée, de façon notoire, dès le début de la christianisation de la région, au Ve ou VIe siècle.

L’édifice actuel semble avoir été bâti à l’emplacement d’un ancien lieu de culte, en témoigne une vasque de pierre, mise à jour dans la chapelle latérale gauche, lors des travaux de réfection entrepris en 1974 ; sans doute une piscine liturgique qu’on a datée de l’époque carolingienne.

Un autre indice nous a été livré à la fin du XIXe. La population ayant beaucoup augmenté, on a dû procéder à l’agrandissement de l’église. Des travaux, effectués en 1887 dans le prolongement de cette chapelle latérale qui pourrait bien avoir été le chœur de l’église primitive, ont permis de découvrir des sépulcres datant de l’époque mérovingienne, voire du Bas-Empire.

Ces tombes abritaient les restes de Francs ayant certainement appartenu à une communauté chrétienne, alors que les païens étaient, eux, ensevelis dans la nécropole située en contre-haut de l’ancienne villa gallo-romaine.

Pour attester de l’ancienneté de ce lieu de culte, on peut aussi citer l’acte de fondation de l’ abbaye ou de la communauté qui l’avait précédée.

Cet acte du 8 mars 930 donne aux moniales les dîmes de Saint-Martin.

L’église actuelle est un édifice qui a été agrandi et remanié à plusieurs reprises. Il s’inscrit dans un quadrilatère de 24 mètres sur 17.

Depuis le 25 juin 2015, les fresques du choeur de l’église Saint Martin sont inscrites à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques. Il en est de même pour la toiture.

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Le chœur en est sans doute la partie la plus intéressante.

Il est de style gothique et probablement légèrement antérieur aux peintures murales dont il est orné. Cette partie de l’église, que l’on peut croire dans son état originel, si l’on en juge les contreforts extérieurs, est également mise en valeur par des boiseries du XVIIIe, provenant certainement de l’ancienne église abbatiale, tout comme une rare et magnifique Vierge à la rose du XIVe siècle, placée dans la niche au-dessus de la porte communiquant avec la sacristie.
On signalera aussi la chaire à prêcher, elle aussi sauvée de l’ancienne église abbatiale. Datant de la fin XVIIe ou du début XVIIIe, elle est fait office aujourd’hui d’ambon. Le tonneau est authentique mais le cul et le chapeau sont d’une autre provenance. Le fond, qui est une copie du XIXe, porte les armes d’une des dernières abbesses de Bouxières.

En savoir plus sur :
Les peintures murales

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D’autres pièces confèrent à cette église un intérêt majeur.

Ce sont déjà les quatre tableaux qui habillent les bas-côtés.

1: Au NE, la plus ancienne de ces toiles semble être celle qui représente la légende de la fondation, en 935, de l’abbaye de Bouxières par Gauzelin, évêque de Toul. D’après les costumes des personnages représentés sur les différents médaillons, nous sommes au début du règne de Louis XIII, vers 1625/1630, en tout cas dans la transition entre les modes Henri IV et Louis XIII.

En savoir plus sur :
Le tableau de St Gauzelin

2: La seconde toile, plus naïve, est un témoignage de la sensibilité religieuse de la Lorraine du XVIIe siècle. C’est l’époque où, sous l’influence de l’esprit de la Contre-Réforme, le culte des saints prend un grand essor : Saint Nicolas et Saint Sébastien sont très honorés et les occasions d’implorer leur protection ne manquent pas aux Lorrains accablés par une succession de guerres, d’invasions et d’épidémies.

3: Le tableau de Saint Roch est lui aussi dans l’esprit du XVIIe.

4: Quant à l’Extase de Saint François, c’est aussi un témoignage du renouveau catholique qui se développe à cette époque en Lorraine. Cette toile de Jean Le Clerc (1587-1633) témoigne du rôle éminent joué par les Franciscains dans la vie religieuse des Etats ducaux, où ils inspirèrent la fondation de nombreuses confréries. Outre le thème traité, ce qu’il convient de noter c’est la présence, dans l’église paroissiale de Bouxières-aux-Dames, d’une œuvre d’un artiste contemporain de Georges de La Tour, ayant étudié à Rome et à Venise et ayant contribué à créer la charnière artistique entre la Lorraine et l’Italie.

Ce tableau est à rapprocher de l’Extase de Saint François de Carlo Saraceni (1585-1620), conservé à l’Ancienne Pinacothèque de Munich et les similitudes flagrantes entre les deux œuvres pourraient bien être dues, entre autres raisons, à la rencontre des deux peintres.

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Leur simplicité et leur modestie ne feront pas oublier deux autres statues du XVe. Elles représentent l’une Saint Nicolas et l’autre Saint Gauzelin portant une maquette de l’église abbatiale.

A l’opposé, au NO, sur le mur du fond de la nef on a fixé deux anges et deux crédences en bois doré du XVIIIe provenant de la chapelle Saint-Antoine(1582). Le Christ des fonts baptismaux, lui, est un crucifix du XVIe, en chêne et merisier, lors de sa réinstallation en 1974, on a jugé qu’il n’était pas utile de restaurer ses bras en bois de tilleul, disproportionnés et de facture récente.

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« Telles sont les œuvres d’art de Bouxières : elles méritent d’être conservées précieusement, car elles sont les témoins de la piété de tout un peuple à une époque donnée de l’histoire lorraine. Ce sont les Lorrains du XVIIe qui nous parlent à travers elles ».   Pierre Gérard, ancien Directeur des Archives et Conservateur des Antiquités et Objets d’Art de Meurthe et Moselle.

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